mardi 1 juillet 2014

Les équipages de Hokulea et Hikianalia à la rencontre de l’association

L'ALBUM PHOTO
de cette rencontre 100% polynésienne 
 La rencontre entre Les cousins de Hawaii et les Tahitiens a eu lieu. Le peuple de navigateurs en effet s’est disséminé au cours du dernier millénaire et ce 1° juillet 2014 a été l’occasion de se retrouver. Bien sûr parmi les participants il y en avait de plus convaincus que d’autres car, pour effectuer trois ans de sa vie un voyage autour du monde dans des conditions spartiates et pour apporter un message de protection des océans  il faut avoir conscience que cela peut changer notre façon de vivre.

Racontons donc ce farereiraa.
On avait donné RDV à nos invités après le déjeuner, mais ils étaient pressés d’arriver et c’est en avance qu’ils étaient déjà sur le chemin. Pas le temps de sortir la conque qui devait les devancer car Paul Pere était encore entrain d’ouvrir les cocos qui venaient de nous être livrés. Mais sur la plage, on s’activait à couronner tout le monde grâce aux couronnes de auti qui avaient été préparées par Vairea Teissier et Denise Vigneron. Cette manière d’accueillir  simplement et dans la tradition les peuples amis était une première pour notre association. Heureusement que nous avions vu grand car grande était la communauté qui s’était déplacée. Nous avions préparé plus de 100 couronnes ce qui nous permet d’évaluer les participants à 150 personnes environ.
Comme prévu les navigateurs ont été placés les pieds dans l’eau pour, symboliquement faire remarquer qu’ils venaient d’effectuer un voyage en moins d’un mois de 5000 km environ.  Puis l’accueil rapide du président de l’association a laissé la place à un orero.

Un orero dans la tradition
Comme dans le quartier de la Pointe des Pêcheurs de nombreuses grandes familles tahitiennes résident encore, nous avons demandé à la famille Teave d’être responsable du orero d’accueil et au  fare putuputuraa des chants et hymnes spécifiques de Punaauia.
Vairea Teissier et
Nohovai Teave, en costume
 Nohovai Teave habillé d’un costume magnifique est donc arrivé avec quelques musiciens pour mettre en scène et faire vivre à toute l’assemblée l’âme de ce site prestigieux. Les gestes et les attitudes soutenaient le discours et permettait à tous de comprendre de quoi il était question. L’expressivité de Nohovai et sa façon de vivre son discours nous a permis de suivre son cheminement. Il parlait de manière vibrante de la terre de ses ancêres, la terre de Hiti, des montagnes de Orohena, du vaste horizon qui a été conquis par le peuple polynésien. Il nous demandait d’en prendre soin et présentait en quelque sorte les projets de l’association environnementale de notre quartier. Tout le monde était tellement ému que, contrairement à la tradition, il a été applaudi par ce public multiculturel.

            Les femmes du gare putuputuraa ont ensuite entonné des chants connus de tous. La communauté se retrouvait ainsi unie dans cette manifestation unique. Les invités l’ont bien compris car c’est par le chant qu’ils ont tout de suite répondu eux aussi. Alors que la barrière de la langue empêchait la plupart de communiquer, c’est par le chant que s’est établi le contact de ces deux peuples amis et de même culture.  Le farereira, cet accueil entre famille s’est ensuite poursuivi.

Le discours et sa traduction
  Le président de l’association s’est ensuite adressé en tahitien aux Hawaiens et il a été traduit par James Pouant. Vous pourrez lire ce discours en bas de page.


Le partage de coco
 Tout le groupe s’est ensuite déplacé pour recevoir des rafraîchissements. Après les orages qui avaient lessivés les différents  défilés des manifestations de l’autonomie la veille, nous avions craint un temps couvert voire pluvieux, mais ce jour-là les dieux étaient avec nous. Le maraamu s’était levé pour chasser les nuages et il faisait un temps magnifique. Ouvrir des cocos pour autant de monde était le travail principal du président de l’association et distribuer des boissons offertes par notre partenaire la Brasserie de Tahiti était la tâche de sa secrétaire. Ils ont été secondéspar les nombreux membres de l’association présents. Les guitares et les chants des Hawaiiens ont permis de poursuivre cet échange culturel. Trois danseuses nous ont aussi proposé un hula et ce moment improvisé a été très apprécié.

L’adoption d’un corail
Notre association avait tout préparé pour faire adopter un corail aux deux capitaines des pirogues.  Hokulea et Hikianalia représentent donc tous les navigateurs auxquels nous demandons de prendre soin de leurs coraux. Nous leur avons confié un certificat en anglais pour qu’ils entrent dans ce projet. 
Ce fut une grande préoccupation de mettre en place ce projet. D’abord il a fallu construire des tables de bouturage. La Direction des ressources marines et minière du pays nous avait prêté une table ce qui nous a permis d’en donner des plans à un habitant du quartier.  Denis Williams a donc construit trois tables de bouturage que nous avons payées avec la subvention municipale. Puis les ancrages écologiques ont été posés et offerts par Josselyn Barret, importateur de la société Tai Moana qui a été conquis par notre projet. Et surtout merci à Charlotte Mitermite et son maître de stage Romain Vivier du bureau d’études Fenua Environnement qui a bouturé les coraux dans le cadre de son stage et pour valider son diplôme de l’Université de Tahiti.
Le matériel pour les tables de bouturage a été fourni exceptionnellement et par faveur et pour un prix aventageux par le Chantier Naval du Pacifique Sud (CNPS) dont Stéphane Perez est le directeur général. Nous le compterons désormais comme un membre bienfaiteur.

Les cadeaux de bienvenue
 Pour montrer notre partenariat avec le musée de Tahiti et des îles qui est le gardien de l’histoire des peuples polynésiens, nous avons ensemble fait un don afin que l’équipage diffuse nos projets associatifs. Vairea Teissier et Moevai Caspar ont offert des cartes postales représentant les plus beaux objets du musée et  10 exemplaires de la carte topographique qui a été dressée de ce lieu prestigieux qui va de la côte aux montagnes en suivant la rivière de la Punaruu. L’association a,  quant à elle,  offert ce qu’elle a réalisé à l’équipage : 10 T-shirt  et 10 brochures qui contiennent son projetéco-citoyen en plus de son logo autocollant.
Le représentant de l’équipage s’est alors levé pour offrir un souvenir à l’association. Paul Pere a été choisi pour le recevoir au nom de tous. une belle photo des deux pirogues, signée par les membres  de l’équipage et une carte de la navigation avec les étoiles, les oiseaux, les courants et la houle, c’est à dire la manière dont la pirogue Hokulea navigue sans utiliser les instruments modernes de navigation.

Nager vers son corail
Bon nombre des invités voulaient nager puisqu’il était prévu qu’ils pourraient aller voir leurs coraux dans leur élément. Avec leurs palmes, leur masque et leur tuba ils ont suivi Charlotte. Certains voulaient aussi goûter au surf de notre spot Sapinus mais nous n’avions qu’un boogie à proposer.
C’est ainsi que s’est terminée la rencontre.

Discours d’accueil traduit et adapté en anglais par James Pouant


I’m going to translate for you in English, what Mr Paul Pere has just said in Tahitian.
I presumed you understood that he has first said « hello and welcome» in the local language. It might be interesting for you to know that.
the greeting word he used « Ia ora na » comes from the English « Your honor ». Imagine English-speaking navigators like you arriving on a beach  and saying « Your honor » to a Tahitian chief like Paul who understands « Ia ora na » which means for him « Be in good health ». He would certainly be surprised and happy to discover that the visitors were concerned about his health. That was, one of the first cultural misunderstandings !
In those ancient days, it was also deemed necessary to invent new words to say « thank you , good-bye or please » because these marks of politeness don’t exist traditionally in Tahitian. Yet, local people had and still have, other ways to be polite and courteous : by rubbing noses for example or saying « Haere mai tamaa » ( come and eat) to visitors passing in front of their houses.
  I knew in advance what Paul was going to talk about or else it would had been tricky for me to translate exactly his speech. I can understand Tahitian and hold a ordinary conversation with my neighbours, but being the Official Interpreter is another business !
   I won’t bother you with the details of his legends and his « orero ». I know that your time is limited and I think I’ll just let you know that his legends are authentic. He has inherited them from his grand-father. He says that they are not the softenend and edulcorated forms imposed by the missionaries who eradicated what they considerated too vulgar or pagan.
 You can ask him later for the details if you want. Though, as the Official Interpreter of the day, I will just let you know that in his legends, a peak or a pointed mountain is always a penis and that a crevice or a fissure is always a vagina.
  In his speech, he has also talked to you about the site where we are gathered just now. Its local name is « Nuuroa » which means « moves a lot ». Surprisingly, there is nothing sexual or erotic about that word ! It just means that the coast line changes according to the mood of the sea. Sometimes, it deposits sand and stones and then, it removes all that it had built, when it gets angry.
  Nuuroa is called « Pointe des Pêcheurs »in French (Fishermen’s Point). With its land point and its coral reef almost touching and forming a sort of interior lake and with its broad pass nearby, the place is reputed to be abounding with fish.
  Paul has also told you that Nuuroa is an historical site. There was a royal marae right here. It was called « Taputapuatea » like the famous one that you have visited in Raiatea ; but here, after its destruction ordered by the missionaries to impose the new god, it has not been renovated. All the rocks and boulders that you can see scattered around, on the land and in the sea, come from that ancient marae. You certainly already know that a marae is a sacred platform, a temple of the ancient Polynesian religion. Nowadays, on the spot of the marae, there is not a church built by the missionaries but my swimming-pool !
 During his trip around the island, in 1777, James Cook was invited to attend a human sacrifice ceremony at this marae. In the account of his trip, he doesn’t precise which part of the human body he was offered to eat. One does not know if he was offered an eye which was the treat generally reserved for chiefs and dignitaries or just a bony foot. Paul has explained that eating an ennemy is not only to ingest proteins but essentially acquire his mana (power).
In 1815, Nuuroa was also the site of the battle of Fei Pi iwhich could have been just one more tribal war but the particularity of that one, was the fact that one of the belligerents,  Pomare, a mere tribal chieftain fought with the help of firearms lent to him by the missionaries. Of course, he was victorious over warriors who had only clubs and spears as weapons. After his victory and his conversion to the new religion, he became King Pomare the First, King of Tahiti and Moorea. He was a smart guy, wasn’t he !
 It is also here that the first bible was printed in 1838. The name of the place was then « Burder’s Point ».
 After the legends and the history of Nuuroa, Mr Paul Pere has talked to you about our association which has the honor to welcome you today. Its name is « Tamarii Pointe des Pêcheurs » which means « the Children of the
Fishermen’s Point ». Paul  is one of the founding fathers. Our association started with four fishermen gathered under this purao tree in front of you, to discuss and organize :
-       the trading of troca shells
-       the use of fishing nets and the size of the meshes to catch the « ature » in the pass (Tahitian sardines )
-       the solution to the conflict between the scuba tank divers and the speargun fishermen using the same spot. 
Today Mr Paul Pere is still president, but he has become a member of the City Council and our association has evolve to be concerned by the protection of the environment and especially the lagoon. To date, our association counts 210 members. With funds granted by the town of Punaauia, the territory of French Polynesia, the metropolitan French government and even the European authorities, our aims are to pursue and develop various actions.
 The one in progress just now is to collect, plant and grow coral. In the near future, we’ll develop the production of pahua clams ans later when we have the necessary money, we’ll breed fish that will be released in the lagoon for repopulation. 
You are now invited to become the godparents of a coral branch, which will grow on one of our tables and later will be transplanted into the lagoon for renovation. Thanks to Internet and GPS, we’ll keep in touch and you’ll regurarly  get news from your coral. You are know welcome to ask questions and return our salutations.
Have a good time in Tahiti ! Ia ora na and maeva again.



Commentaire de Francine


Cela n’est pas facile de mener un projet pareil. Non seulement il faut convaincre tous les partenaires du bureau mais aussi construire un projet digne d’un accueil. C’est grâce à Vairea que celui-ci a été bâti car on n’improvise pas un farereiraa. Notre président est assez insaisissable aussi et il lui a été difficile de suivre le projet, d’accueillir les invités avec le pu représentant le symbole de notre association par exemple. C’est Tilda Teharuru qui a permis ce rapprochement avec les personnes du quartier et qui a convaincu la famille Teave et les femmes de la paroisse. Pour ce qui est des cocos à boire ils devaient être descendus d’un cocotier bien gênant mais on nous les a offert venant d’un lieu décocoté et nous en remercions Michel Arakino qui viendra plus tard chez nous sur la plage. 
Tout s’est donc miraculeusement fait au dernier moment comme c’est très souvent le cas à Tahiti. On avait presque l’impression que nous improvisions une rencontre préparée depuis un mois. Avec  de nombreux messages Internet  les participants ont été réunis et ont répondu à l’appel. Les média aussi se sont déplacés. TNTV et Polynésie 1° sont restés tout l’après-midi mais quelques minutes seulement sont passées au journal du soir. Seul le journaliste Teariki de Tahiti-Infos est resté et a écrit un long article pour la version internet  et  bien illustrée de son organe de presse.
 Tout le monde était content et c’est cela l’essentiel.

Commentaires de James

Ce mardi 1° juillet 2014, notre association a eu l’honneur d’accueillir les navigateurs de la pirogue Hokulea. C’était un voyage historique et culturel. C’était pour les Hawaïens un retour aux sources puisque c’est de Tahiti que sont partis les premiers colons pour peupler toutes les îles de la Polynésie. Sur leurs pirogues doubles ils naviguaient dans la triangle polynésien dont les trois sommets sont Hawaï, l’île de Pâques et la Nouvelle Zélande. Ces intrépides navigateurs étaient à l’aise dans cette immensité océanique à une époque où les Européens se contentaient de naviguer dans la mer Méditerranée ou de faire du cabotage le long des côtes de l’Atlantique.
Mais après être devenus Américains, convertis au christianisme et aux hamburgers, certains Hawaïens sont aujourd’hui à la recherche de leur culture. Bien évidemment,  revenir au pays d’où étaient partis leurs ancêtres s’imposait. Déjà en 1976 une première pirogue nommée aussi Hokulea avait fait la traversée Hawaï-Tahiti. Le succès populaire avait été immense. Il y avait 15000 personnes pour les accueillir sur la plage de Paofai.  Aujourd’hui, l’engouement populaire a été moins grand ; sans doute parce que la démonstration qu’effectuer la traversée sans utiliser des instruments de navigation modernes avait été faite. L’objectif de ce nouveau Hokulea est un peu différent. Certes ils ont aussi soit disant navigué de façon traditionnelle et sont venus rencontrer leurs cousins tahitiens ; mais ils ont aussi pour projet de faire le tour du monde en colportant la bonne parole de la défense de l’environnement planétaire.

Dans un premier temps, j’avais refusé de participer à l’accueil de ces navigateurs pour les trois raisons suivantes :
1°/ Je partage les doutes de ceux qui pensent, comme pour leur première venue en 1976, que pour tracer une trajectoire aussi droite entre Hawaï et Tahiti, les navigateurs n’ont pas dû utiliser que les étoiles, les courants marins et le vol des oiseaux. Je soupçonne qu’ils ont utilisé un GPS même s’il se trouvait sur la pirogue accompagnatrice. Alors pourquoi serais-je allé accueillir des tricheurs ?
2°/ Les Américains qui sont avec les Chinois les plus grands pollueurs de la planète sont mal placés pour venir nous donner des leçons de savoir-vivre écologique.
3°/ Quand moi, je visite les U.S.A. ou un autre pays anglophone, personne ne m’accueille dans ma langue maternelle. Même pour faire mes courses dans les magasins, je dois me débrouiller seul avec mes rudiments d’anglais.

Finalement, j’ai trouvé satisfaisant qu’ils soient accueillis en tahitien avec moi en arrière-plan comme traducteur parce que quand même nous sommes courtois et polis. De plus, ces Américains-là se sont avérés être de jeunes Hawaïens écologistes du genre Greenpeaceurs et Greenpeaceuses. Ils méritaient notre soutien. Seuls mes doutes sur l’authenticité de leur navigation subsistent. Dans ma traduction, je me suis autorisé à faire quelques digressions pour atténuer la solennité de l’événement. J’aurais même pu leur dire que j’avais partiellement reconstruit le marae Taputapuatea sous forme de muret pour empêcher la mer d’envahir mon jardin et de remplir ma piscine. Comme je suis natif du Poitou, j’aurais pu leur dire que j’avais construit un « marae poitevin ». Je ne suis pas sûr que ces jeunes Hawaïens auraient compris mon jeu de mots. De plus, ignorants notoires de la géographie de la France, ils étaient trop sérieux et trop formatés pour apprécier toutes mes petites vanouses.

En conclusion, je dirai que l’accueil de Hokulea à la Pointe des Pêcheurs par notre association a été une opération réussie et je suis content d’y avoir participé. Elle a valorisé la langue et la culture tahitienne. Elle a mobilisé et sensibilisé les habitants du quartier. Enfin, elle nous a donné une dimension internationale de « jardiniers du lagon ».




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